Voici le résultat des cogitations évoquées cette après-midi sur ce billet. Je souligne, again, qu’il n’était pas question pour moi d’aborder la problématique “NBC devait-elle ou non diffuser ces images ?” ainsi que le rôle joué par les médias ‘traditionnels”. Ce n’était ni le lieu, ni le moment, et encore moins à moi, de le faire.
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Actu oblige, j’essayerai ce soir sur Au Quotidien de faire le point de ce qui s’est passé sur le web à la suite de la tuerie de Virginia Tech, notamment après la diffusion des messages vidéo enregistrés par l’auteur et diffusés par NBC. La blogosphère tout entière est montée au créneau et les réseaux sociaux comme Facebook et Myspace grouillent de réactions, de commentaires, de discussions, d’analyses… parfois très surprenantes (“now we have to censor our own media consumption, will we get an “anything goes” society?”) . L’histoire est à la Une de Technorati, Youtube, enz.
Ca ne sera pas le thème de ma chronique (je me cantonnerai à l’aspect web de la chose), mais NBC devait-elle diffuser les images ? Oui, bien sûr. Une exclu pareille ! Et surtout gratuite ! Pour diffuser les images prises par gsm par un étudiant, CNN a dû payer, elle … ce qui me laisse penser que quelque part le rôle des médias traditionnels ne sera plus tout à fait le même après cet événement.
Ce ne sont plus eux qui arrivent en premier pour “rapporter” l’info, les “ordinary people” et les réseaux sur le web changent la donne. Sans compter que les “vraies” discussions ne se font plus en 5 minutes avec les experts en plateau mais en ligne, avec bien plus d’humanité et de variété dans l’expression des ressentis. (Il y a d’ailleurs un sacré créneau à creuser pour des psys qui comprendront l’intérêt d’intervenir dans ces discussions, voire de les héberger sur leurs propres blogs.)
En ligne, le temps n’est pas compté et que chacun a droit au chapître. La réflexion s’installe et la richesse des analyses et des points de vue est bien plus grande en ligne qu’”on air”. Je ne dis pas que les médias traditionnels sont bons à jeter aux orties, je dis juste qu’ils vont devoir s’adapter pour accueillir et encadrer (je n’aime pas ce terme) le flot en provenance des principaux acteurs de la réalité. Les “Vous” du Time.
Quant aux prochains Cho Seung-Hui, il y a fort à parier qu’is n’enverront plus leurs vidéos à NBC mais les posteront directement sur leurs blogs, avec des Google adsense tout autour dont les revenus iront droit dans la poche de leurs asbl favorites …
Voici un petit podcast réalisé par téléphone alors que j’étais en bagnole, d’où la voix de Darth Vador à certains moments :-) avec Me Alexis Ewbank, avocat bruxellois spécialisé dans le droits des médias, en préparation à ma chronique de demain sur Au Quotidien consacrée au phénomène du Happy Slapping. Le confort d’écoute n’est pas exceptionnel mais j’avais envie de partager avec vous le contenu de cette discussion.
Je retiens notamment l’existence en France d’un “délit de captation d’images avec intention de nuire”, qui n’est pas présent dans le code pénal belge. Ce délit avait d’ailleurs mené à la condamnation des auteurs des photos et films pris dans le cadre de l’affaire Fili Houtman/Daniel Ducruet.
En Belgique, le cadre légal est moins précis même s’il permet quand même à une victime de Happy Slapping de faire valoir ses droits. Dans le chef de mineurs, les poursuites pénales sont réduites à leur plus simple expression (?!), avec à la clé au mieux un placement en institution, au pire un “simple” dédommagement au civil pour lequel les parents de l’auteur se verraient obliger de casquer afin de réparer les conneries de leur rejeton. Les parents doivent donc être plus que vigilants, même si, au pénal, ils ne risquent manifestement pas grand chose.
En ce qui concerne celui qui filme une scène de ce genre (et/ou qui la rend disponible sur le web), il peut tout fait être condamné pour non-assistance à personne en danger et puni au titre de co-auteur (ça va dans le même sens que l’addendum apporté par N. Sarkozy à sa loi contre la délinquance)
Le tribunal correctionnel de Bruxelles a ainsi récemment condamné un majeur de 24 ans à 200 heures de travaux d’intérêt général pour avoir filmé ses ébats sexuels avec une mineure de 15 ans, à l’insu de celle-ci (+ 10.000 euros de dommages)
Enfin, Me Ewbank insiste sur la nécessité pour les pouvoirs organisateurs dans les écoles de faire preuve de prévention de tels actes et, à tout le moins, de dénoncer ceux-ci et leurs auteurs quand ils en ont vent. Dans le cas contraire, leur responsabilité serait clairement engagée et les PO pourraient être condamnés pour leur absence de réaction.
Pour ceux que ça intéresse, j’avais déjà réalisé un podcast avec Me Ewbank en juin 2005 à la suite de la relaxe du bloggeur belge qu’il avait défendu dans un dossier de diffamation intenté contre lui par la société Excell. Il s’agissait du premier cas d’espèce en Belgique et où le droit à la liberté d’expression sur le web avait été réaffirmée par le tribunal de Bruxelles.
(…) De récents textes de loi permettent de poursuivre quiconque est suspecté de lien avec une organisation jugée « terroriste », la définition en étant ici « qui fait pression sur un Etat ou une organisation internationale ». Ce qui s’applique autant à un attentat d’Al-Quaeda qu’une défense du saumon rouge par Greenpeace (…)

J’avais eu l’occasion de discuter fin août avec Manuel Lambert, juriste à la Ligue des droits de l’Homme, à propos de ces “méthodes particulières d’enquêtes” auxquelles les forces de l’ordre et le parquet ont désormais accès grâce aux nouvelles lois antiterroristes. L’exemple à propos duquel nous parlions avait été révélé par Le Soir (désolé, pas de lien ;-) et faisait état d’une “mise sur écoute” d’un internaute suspecté d’appartenace à un groupe terroriste. Ses communications et son trafic avaient été “aspirés” pendant un certain temps et analysés par la maréchaussée.
En considérant qu’internet entre dans le champ d’application du même article du code d’instruction criminelle que celui régissant la mise sur écoute de communications téléphoniques, plusieurs conditions sine qua non doivent être remplies pour que ces écoutes puissent être pratiquées en toute légalité.
La première, et sans doute la plus importante en matière de respect de la vie privée, est que ces écoutes doivent impérativement être ordonnées par un juge d’instruction. Cette condition garantit en effet que le contenu du dossier ouvert à l’encontre d’un individu sera porté à sa connaissance lors de la clôture de l’instruction. Quatre autres conditions sont laissées à l’appréciation de juge d’instruction, à savoir: la nécessité absolue, la présences d’indices sérieux qu’un délit a été commis ou est sur le point de l’être, que les autres moyens d’investigation ont été épuisés et qu’il s’agit d’une infraction relevant du meurtre, de l’enlèvement d’enfant, d’atteinte à la vie du roi, de trafic de matière nucléaire ou de terrorisme.
“Mais”, dixit Manuel Lambert, “dans le cadre de la loi anti-terrorisme, de celle sur les méthodes particulières d’enquête ou sur le screening, les forces de l’ordre et le parquet ont acquis la possibilité de mener une série d’actions (placer des micros, prendre des photos, surveillance à distance, etc.) sans réclamer l’accord d’un juge d’instruction. Avec pour conséquence que ces dossiers ainsi constitués ne sont jamais rendus publics si une enquête n’est jamais ouverte officiellement”, disait-il tout en soulignant que des dérapages n’étaient dès lors pas exclus (lisez: “il y a déjà eu des abus”)
Dans la foulée, j’avais rediscuté un brin avec Me Ewbank (l’avocat qui avait défendu le premier blogueur belge poursuivi en diffamation, cfr. ce podcast réalisé à l’époque).
Pour lui, “Internet est quotidiennement l’objet de délits qui ne sont jamais poursuivis et encore moins punis. Cela va de l’injure simple en passant par la violation des droits d’auteurs jusqu’aux délits financiers et économiques. C’est bien la preuve que la police ne passe pas son temps à traquer les internautes! Nous ne sommes pas aux Etats-Unis, il n’y pas de Patriot Act qui autorise des agences gouvernementales à effectuer une surveillance systématique du web sous couvert de la lutte contre le terrorisme. Imaginer dès lors que la police puisse d’autorité décider de surveiller un internaute sous prétexte que ce dernier a tenu des propos trop engagés sur son blog ou dans un forum de discussions relève tout simplement du fantasme”.
Dans le cas qui concernait l’internaute “mis sur écoute”, il semblerait que tout se soit déroulé dans les règles (puisque c’est bien un juge d’instruction qui a décidé de “sniffer” les données”). N’empêche, le fait de savoir que la police ou le parquet a “le droit” de vous pister, de prendre des photos de vous et de vos proches, de constituer un début de dossier sur vous sous prétexte que vos actes pourraient rentrer dans la catégorie visiblement extensible du ‘terrorisme”, ça me gène quand même un chouia aux entournures…
Enfin bref, il est aussi à noter que les opérateurs téléphoniques européens sont désormais tenus de conserver les données téléphoniques et internet de leurs abonnés pendant une durée minimale de 6 mois. L’application de cette loi n’est cependant pas encore effective partout.
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Poussons le vice un peu plus loin. Imaginez que des sportifs puissent aussi être équipés par leur sponsor avec ce genre de caméra, lequel retransmettrait en direct la descente de super G ou de la finale du 100m sur son propre site, avec son propre packaging. Ce sont les fans qui vont adorer …
A quelques encablures seulement des élections communales, la classe politique belge n’a pas hésité fin août à sortir de ses gonds lorsqu’il s’est avéré que Mariusz O., un des deux jeunes mineurs impliqués dans la mort de Joe, avait assisté durant l’été à un match de l’équipe nationale de foot en compagnie d’autres pensionnaires de l’Institut Public de Protection de la Jeunesse (IPPJ) de Braine-le-Château où il était placé.
L’opinion publique, si elle s’en est certes ému, n’a semble-t-il pas embrayé à cet accès de démagogie pure jus de nos outrés élus en campagne, relayée par une couverture médiatique parfois très pathos, logique.
Au milieu de ce jeu de quilles, le personnel pédagogique de l’institution a servi de punching ball de première catégorie et n’a eu d’autre choix que d’encaisser les tirades de la presse populaire et les crochets du gauche assénés par la droite … et vice-versa.
Le soufflé étant à présent retombé, une partie des membres du personnel de cette institution a souhaité livrer ses sentiments par rapport cet évènement. Vendredi soir, un de ceux-ci (j’ai trois années de psycho dans les pates :-) m’a contacté pour me signaler l’existence d’un blog, sur lequel une lettre ouverte à qui voulait bien la lire avait été publiée.
Si je vous invite bien sûr à aller la lire dans son intégralité, en voici en substance ce que j’en ai retenu.
"Nous sommes consternés par le discrédit porté sur la prise en charge pluridisciplinaire de ces adolescents (…) Notre sentiment de révolte est d’autant plus fort qu’il s’associe à une grande inquiétude quant à la méconnaissance totale de notre travail par les responsables politiques (…) qui semblent à l’évidence ne rien connaître à notre philosphie institutionnelle"
Ces membres, qui souhaitent rester anonymes, réagissent ainsi "aux critiques relayées par la presse qui nous qualifient d’incapables, voire d’irresponsables. Le manque de confiance flagrant que soulignent ces interventions médiatiques, à la veille des élections, nous blesse profondément", expliquent-ils.
Il font également part de leur étonnement face aux propos tenus "par un président de parti qui croit partager une idée novatrice (les ‘activités réparatrices’)(…) alors que de telles pratiques existent depuis de nombreuses années et figurent dans notre projet pédagogique".
Ils ont également voulu mettre l’accent "sur le jugement hâtif et discriminant porté sur ces jeunes. Ceux-ci ont, bien entendu, une part de responsabilité dans les actes qu’ils commettent (…) mais la société n’aurait-elle pas intérêt à faire son examen de conscience car les attitudes de rejet, d’exclusion, d’intolérance, de racisme, et l’appauvrissement progessif et insidieux d’une population déjà en difficulté ne vont certainement pas dans le sens d’une éradication de la délinquance juvénile ?"
Ces membres du personnel tiennent ausi à réitérer "leur croyance en un système éducatif et pédagogique basé sur un juste équilibre entre des sanctions ‘positives et négatives’(…) L’enfermement pur et dur des jeunes délinquants, s’il est rassurant à court terme, est inefficace à moyen ou long terme car une telle politique génère inévitablement révolte et violence".
Enfin, il leur paraît également intéressant de se pencher davantage sur les moyens mis en place dans l’aide à apporter aux victimes et à leur entourage. "Qui se préoccupe des familles de victime bien moins médiatisées?", s’interrogent-ils encore, tout en suggérant de sensibiliser l’opinion publique à la responsabilité civile, comme la non-assistance à personne en danger.
Cela donnerait l’occasion à cette équipe pédogogique d’expliquer comment sont définis ces programmes, leurs finalités, leurs vertus pas forcément visibles à l’oeil nu, et éventuellement d’en partager l’évolution au quotidien. Les blogs se prêtent particulièrement bien à cet exercice, auquel ces jeunes pourraient aussi être associés de manière très proactive.
Qu’en pensez-vous ?
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Plus fort encore, une vidéo prise par un policier lui-même et montrant le passage à tabac de deux jeunes dans un cachot de la police a été publiée sur le web par un technicien à qui le pandore avait confié son gsm en réparation (!). Repérée par la chaîne TV3, qui l’a à son tour diffusée, cette vidéo a fait grand bruit fin août en Malaysie. (via GlobalVoices)
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