Prendre du plaisir à devenir un journaliste « moderne »

by Damien Van Achter on 18 juin 2008 · 7 comments

Benoit, aka Le Déclencheur, et Baptiste ont assisté le week-end dernier aux 24H du Mans pour une émission spéciale sur la photographie de sport (jetez un oeil sur son Flickr). Ils en ont profité pour réaliser un chouette podcast composé, entre autres, d’interviews de professionnels qui shootaient l’événement pour différents magazines à travers la planète.


Photographier les 24 heures du Mans

Parmi eux (vers 9′50), Eric Leser, un journaliste du Monde qui écrit des papiers « traditionnels » mais qui « essaye de devenir un journaliste moderne » (sic) en prenant aussi des photos pour le site internet du journal. Là où sa réflexion est très intéressante, c’est quand il dit prendre « un vrai plaisir » (sic) à combiner l’instantanéité de la photo pour le site internet et la prise de recul ensuite avec l’écriture du papier pour le journal. (ses photos sont ici)

Je suis convaincu que le plaisir que l’on peut prendre à faire son métier (quel qu’il soit d’ailleurs) est un, si pas LE, facteur essentiel pour appréhender et surmonter des changements aussi radicaux que ceux à l’oeuvre dans le monde des médias à l’heure actuelle.

Oui, votre boss a un intérêt financier à vous faire produire des contenus cross-media. Et oui, vous pouvez l’envoyer chier par principe, parce que vous n’êtes pas un Remy Bricka de l’info et, surtout, parce que vous n’êtes pas, dans l’immédia, payés plus cher. Ca n’arrangera pas le schmilblick ni l’atmosphère dans la rédac’, votre ulcère va s’aggraver, vous dormirez moins bien et finalement, un p’tit con qui pourrait être votre fils sera engagé à votre place. Je comprends les réticences et, croyez-moi, je suis conscient des risques que cela peut engendrer en terme de qualité du travail fourni (ceci dit, « les dérives » n’ont pas attendu le web pour se produire, la désinformation, la rumeur et la propagande étaient déjà archi-présentes « au bon vieux temps ». N’est-il pas ?)

Mais.

Vous pouvez aussi considérer qu’il s’agit d’un formidable moyen de diversifier votre pratique, de continuer à apprendre (la formation s’arrête rarement au diplôme, en tout cas dans les autres professions), de découvrir de nouvelles techniques pour transmettre « vos infos », de construire des récits « riches » autour de celles-ci et, finalement, d’exprimer votre talent sur des supports qui collent à la réalité du monde dans lequel vous vivez. De rencontrer d’autres gens,même virtuellement, de discuter avec ceux qui consomment votre travail et de nourrir vos productions de leurs « generated content ».

Bref, de (continuer à) prendre votre pied et (de continuer à) être payé pour le faire …

NB: pour ceux que ça intéresse, la section Bruxelles/Brabant de l’Association des Journalistes Professionnels organise une rencontre mercredi prochain à 13h au Résidence Palace sur le thème « Journalistes et/ou bloggueurs, concurrence ou complémentarité dans la course à l’information ? » J’animerai les débats. L’entrée est gratuite.(inscrivez-vous auprès de l’organisateur, Mehmet Koksal, par mail à info-at-mehmet.be)
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1 Denis 18 juin 2008 à 3:00

go agree you with young jedi!

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2 Damien Van Achter 18 juin 2008 à 3:42

Yoda's calling ?

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3 sam 18 juin 2008 à 14:43

Pour en revenir à Eric Leser, c'est dommage que Le Monde ne lui a pas donné les moyens de faire du bon boulot… Quand on voit les photos, c'est assez faible. Je pense essentiellement cadrage. Je suis « scotché » que Le Monde ose publier de tels clichés…
Je crois qu'un gros problème, c'est l'absence de formation. Un bon journaliste ne fait pas un bon photographe… Donc, vouloir la polyvalence, je crois que de toute façon le débat n'est plus là. Par contre, s'assurer que ceux que l'on souhaite polyvalents atteignent un certain niveau, il faut s'en donner les moyens.

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4 Benoît 19 juin 2008 à 0:45

Le sujet t'a inspiré dis-moi et pourtant pas un mot sur la photo ;-) Tout à fait d'accord avec toi sur la notion de plaisir, c'est essentiel. Et comme tu le notes, le plaisir n'est pas nécessaire « inné » et peut se nourrir de la curiosité et de l'esprit de découverte.
Pour Sam, je veux noter qu'Eric était très humble dans sa démarche photographique. Et je crois que la formation photo c'est une partie théorique (par exemple, écoutez Déclencheur :-) mais c'est aussi faire des images et oser les partager et les critiquer. Donc j'y vois une démarche volontariste du Monde mais, évidement, pour moi le verre est toujours à moitié plein.

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5 damienvanachter 19 juin 2008 à 6:58

je pense aussi que dans ce cas-ci, le verre est à moitié plein :-) Mais, comme dit Sam, je crois aussi que financièrement ça ne sera pas rentable pour un patron de presse de vouloir faire de tous ses journalistes des cross-producteurs. On ne peut pas etre bon partout … le tout est d'arriver à identifier le(s) créneau(x) où chacun pourra apporter une vraie plus value, et d'éliminer les autres

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6 Sam 19 juin 2008 à 7:15

Benoit, j'ai bien sur écouté le podcast. Et de fait, Eric parle bien de sa situation. Mais cela ne m'empêche pas de penser que, avant de lancer quelqu'un ou quelque chose en prod', il faut lui assurer un certain niveau. Le Monde (mais corrigez moi si je me trompe) est censé être qualitatif.
Pour en revenir aux photos, elles sont nettes, mais le cadrage..bof bof. Une voiture coupée, ça ne m'intéresse pas vraiment… Donc, j'apprécie la démarche d'Eric, il faut oser. Par contre, Le monde…

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7 Benoît 21 juin 2008 à 4:33

Tu met le doigt sur un problème essentiel Sam : dans un monde qui change, a quelle valeur faut-il s'accrocher ? Et peut-on accepter de prendre des risques, pour voir ?
C'est dans ce contexte que les organisations en place sont en fait désavantagées face aux nouveaux arrivants qui n'ont pas à satisfaire à certains critères pré-établis. En l'occurrence, j'ai visité quelques nouveaux médias couvrant les 24 heures et beaucoup d'images me paraissaient du niveau d'Eric… donc quelque part ces sites sont avantagés par rapport au Monde dans une situation de changement. Ils peuvent se permettre de mettre des photos d'une qualité moyenne et personne ne leur en fait le reproche.
C'est marrant d'ailleurs que tu tiques sur les photos parce que Le Monde n'a pas vraiment réputation d'être un journal photo donc, à priori, ça me semble être un endroit où ils peuvent prendre des risques.
Je suis un peu décousu mais j'ai toujours pour politique avec Internet d'agir en 3 temps : fixer une politique éditoriale à 12 mois, agir en sachant qu'on est pas au niveau, mesurer l'écart et voir ce sur quoi on corrige pendant les 12 mois à venir. J'ai pas inventé le principe et il est utilisé par pas mal de gens (il y en a même qui s'épargnent la réflexion à 12 mois… ceux-là sont en danger).
Si Le Monde suit ce type de logique, il peut être acceptable de publier des photos d'une qualité moyenne.

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