Quand la presse se saborde …

Excellent papier de Daniel Schneidermann à lire dans Libération ce lundi.

Quelques extraits:

“(…) Donc, si on lit bien Match, ce n’est pas Europe 1, station appartenant au même groupe industriel que Match,
qui s’est trompée en annonçant prématurément la mort de Sevran (annonce reprise plus tard sur d’autres médias). Ce n’est pas son patron, Jean-Pierre Elkabbach, qui a assumé la responsabilité de l’erreur. Et on a sans doute rêvé en entendant que le CSA avait «mis en demeure» Europe 1 de respecter ses obligations. Ce sont les
«nouvelles technologies, l’informatique, les blogs et les sites Internet» (…) qui sont responsables de la fausse nouvelle de la mort de Sevran. (…)

(…) A moins qu’il ne faille y voir une frayeur corporatiste plus générale, plus diffuse, plus inconsciente, cousine de
celle qui s’empare de la (pourtant talentueuse) équipe du Grand Journal devant le surgissement d’un nouveau jeu (NDLR:GTAIV), au lancement délibérément provocateur. Lequel esprit corporatiste semble pousser de plus en plus de journalistes, et de dignitaires des médias traditionnels à une détestation des nouvelles technologies en général, et d’Internet en particulier, qui confine à l’irrationnel. Des fausses nouvelles ? Internet ! Le crime, la violence, l’amoralité ? Internet ! Le mauvais temps ? Le printemps pourri ? Les tornades ? Internet, Internet, Internet ! (…)

(…) Et pourtant, ce n’est pas d’Internet, que viennent ces temps-ci les erreurs les plus retentissantes, mais bel et bien de la presse la mieux installée, de journalistes détenteurs de la carte de presse, la seule, la vraie.(…)

(…) Pression de la concurrence ? Soif de scoop ? Désir de buzz ? Rien de nouveau dans l’univers de la presse. Sauf qu’on dirait que cette pression est devenue collective, qu’elle s’est emparée de la corporation dans son ensemble, assiégée qu’elle se sent par une concurrence massive et déloyale : celle des milliers de fourmis de la Toile. Cette fièvre est suicidaire.”

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