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Damien Van Achter http://www.bloggingthenews.info/wp-content/themes/Davanac-Equium/images/medias-internet.png http://www.bloggingthenews.info/wp-content/themes/Davanac-Equium/images/up-running2.png

Les blogs de journalistes: un « mélange des genres » ?

Je vous parlais dernièrement de l’émission Décode, reprise en main depuis peu par Alain Gerlache. Ce samedi, un des sujets abordait les blogs de journalistes, avec un reportage consacré à celui de Jean Quatremer. Le professeur de sociologie des Medias de l’ULB François Heinderyckx  estime qu’il y a « un vrai problème de confusion des genres ».

Que dit-il ?

« Un blog est normalement le lieu d’expression d’opinions plus intimes, subjectives. Pour un journaliste,  c’est l’occasion de faire part de ses opinions alors que en principe il doit s’en abstenir dans son travail journalistique. Le problème dans ce type de blogs intermédiaires, c’est que certains journalistes sont tentés de mettre sur son blog des informations qui ne sont pas suffisamment vérifiées pour les mettre dans le media pour lequel il travaille. Malheureusement, un journaliste, par le media pour lequel il travaille , n’est pas capable, ou ne va pas nécessairement faire la différence entre ce qui est dans le media et ce qui n’y est pas, et se dire que l’un est sérieux et l’autre ne l’est pas, l’un est objectif l’autre est subjectif. Et c’est cette confusion des genres qui me gêne énormément. Je pense que Monsieur Quatremer devrait écrire sous pseudonyme pour éviter le mélange des genres ».

Je ne suis franchement pas d’accord avec lui. Pour plusieurs raisons.

1) Si un journaliste doit effectivement se garder d’exprimer un parti pris, même le plus pointu des articles/reportages fera toujours preuve d’une certaine subjectivité, ne fut-ce que par la sélection de l’info effectuée. L’objectivité pure en journalisme est un leurre, seule l’honnêté intellectuelle de celui qui pond un sujet peut être le gage d’un travail effectué « dans les règles de l’art ». Si seuls les articles purs d’un point de vue de l’objectivité avaient le droit d’être imprimés, les kiosques seraient vides depuis longtemps. Ou alors, seules les dépêches d’agence pourraient prétendre à « informer correctement ». Si elles sont effectivement un gage de véracité factuelle, elles ne rendent toutefois pas compte de la diversité des points de vue sur un sujet donné, les 3/4 des dépêches d’agence étant en effet généralement rédigées sur base de communiqués unilatéraux. Dans ce cas-ci, la liberté d’opinions serait donc à bannir pour ne s’en tenir qu’aux faits et strictement à eux. Dans le genre stalinien on fait difficilement mieux !

2)  Pourquoi diable un journaliste qui se présente comme tel, qui agit en son nom et qui accepte la critique dans les commentaires de son blog (c’est une lapalissade) donnerait-il à ses lecteurs (voire à son rédac chef) des bâtons pour le battre ?  Publier sur son blog des infos pas suffisament vérifiées pour être publiées sur un média traditionnel revient à se tirer une balle dans le pied ! Un journaliste enfermé dans sa tour d’ivoire n’aura jamais à rendre compte à ses lecteurs d’une info erronée (ou alors en tout petit dans l’édition du lendemain, non signé et purement pro forma). Un journaliste bloggeur se prendra quant à lui une volée de bois vert dans le quart d’heure après la publication de son billet ET le corrigera fissa ! Il se publie bien plus d’erreurs en tout genre sur un mass media que sur les blogs de journalistes, c’est d’ailleurs pourquoi tous les journalistes ne bloguent pas encore ! (quand je dis « bloguent », j’entends « entretiennent un dialogue public avec leur audience », peu importe le support technique/le format qu’il choisissent)

3) Un journaliste bloggeur gardera toujours une info chaude, un scoop, pour le media qui rémunèra le mieux son travail (ça vous étonne ?).Mais peut-être aura-t-il tendu des perches sur son blog pour améliorer et enrichir cette info. Peut-être aura-t-il donné quelques pistes sur son blog pour expliquer son cheminement sur le sujet qu’il traite, fait part de ses impressions, de son état d’esprit face à telle ou telle problématique. C’est d’ailleurs l’essence même d’un blog et c’est ce pourquoi celui de Jean réunit autant de lecteurs. Il ouvre son cahier d’investigation au public, ce qui est un gage bien plus grand d’honnêté intellectuelle que dans le cas d’un article réalisé par un journaliste seulement contrôlé par sa rédaction (laquelle est souvent bien plus sujette à différents biais « philosophiques » fortement orientés) et qui ne donne jamais l’occasion au public de s’exprimer sur celui-ci.

Dire que ce qui se trouve dans un média traditionnel est « sérieux » et ce qui se trouve sur un blog est « non sérieux » est un privilège que seule l’audience peut s’arroger. Et cette audience montre chaque jour un peu plus qu’elle est capable, non seulement de faire cette distinction, mais en plus, qu’elle souhaite pouvoir interragir avec ceux qui l’informent. Les mass media qui n’ont pas encore intégré cette notion de « confiance » et préfèrent se murer dans leur conviction d’être détenteurs de la seule vérité journalistique sont condamnés. Mais il est vrai qu’il s’agit d’un changement de mentalité difficile qui demande un brin d’humilité de la part des tenants de la bien pensance économique et académique.

4) Il n’y a donc pas de « confusion des genres » mais bien une « évolution des pratiques à la lumière d’une consommation de l’info radicalement boulversée ». Malgré tout le respect que je lui dois, si Monsieur Heinderickx s’aventurait de temps en temps sur les discussions générées sur des blogs, il aurait pu s’en rendre compte. S’il vivait au quotidien dans une rédaction, lui aussi chercherait sans doute à améliorer son « produit » en utilisant tous les outils qui sont à sa portée pour satisfaire ses « clients », et lorsqu’il serait parvenu à décrypter les retours que ceux-ci lui envoient, il ne prendrait certainement pas un pseudonyme pour se cacher d’avoir découvert là le plus riche des moyens pour communiquer avec ceux qui apprécient, encouragent et aident à parfaire sa pratique d’un journalisme de qualité. Différent certes des poncifs enseignés à l’UniversitéTM, mais ô combien plus proche des attentes liées à cette profession.

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10 Comments

    Ils sont mal barrés à l »ULB si on leur fait croire qu’ils sont détenteurs de l’objectivité!

    J’en rajouterai juste une couche sur le 1) et la véracité des agences de presse.

    Les dépêches contiennent peut-être moins d’analyse et plus de faits que les articles, mais la probabilité de publier une info erronée reste la même. Les journalistes restent humains et subjectifs, en agence comme dans la presse.

  • Rhööö, qu’est-ce qu’on peut en dire des betises sur un plateau de télévision.

    Et aucun journaliste n’a pu rectifier l’information purement factuelle comme quoi un Blog est un « lieu d’expression d’opinions plus intimes, subjectives » ?

    Je sais pas, moi, ils auraient pu rappeler à ce monsieur (qui n’est pas journaliste, donc pas objectif – j’ai bien suivit ?) qu’il existe des blogs qui ne sont pas des carnets intimes…

  • Ce n’est pas la première fois que Mr Heinderyckx vient parler des blogs sur ce plateau. Sa première intervention sur le sujet était encore plus caricaturale; LE format du blog n’avait déjà pas beaucoup de crédit pour lui.

    A trop vouloir théoriser et se poser en gardien des limites, il donne l’impression de parler de choses (d’un genre) qu’il ne connait pas ou très mal.

    C’est déjà l’impression que j’avais eu à l’époque lors de ses clichés sur le genre du blog … et surtout l’impression qu’il positionne le « lecteur » comme un animal passif qui avale toutes les couleuvres qu’on lui propose. Lecteur qui peut (doit) être protégé par l’éthique que seul le professionnel de l’information garantit par son statut (sa carte de presse).

  • Salut Damien ! Je suis complètement d’accord avec toi. Ton regard sur la blogosphère est tjs aussi pertinent.
    Le journaliste d’un média traditionnel (je travaille comme tu le sais dans les journaux gratuits) peut énormément progresser dans sa pratique professionnelle grâce à un blog. Je ne citerai que l’interactivité accrue (et c’est un euphémisme) entre le journaliste et son public : on doit rendre des comptes jour après jour (parfois heure par heure) sur la façon dont on travaille l’info. Quel gage de transparence !
    Quant à cette vieille rengaine sur la prétendue objectivité du média traditionnel : quelle blague ! Allons même plus loin: le journalisme souffre aujourd’hui de ne plus proposer de regard engagé, de regard subjectif qui s’assume. Tu travailles, je crois, pour Defossé : voilà du journalisme subjectif qui s’assume ! La profession cite régulièrement avec émotion l’inventeur du reportage d’investigation : Albert Londres, dont le travail mena à la fermeture des bagnes en Guyane. Or, dans chacun de ses livres, le parti-pris et la primauté du « je » plutôt que du « on », sautent aux yeux.
    C’est ce que la blogosphère redécouvre aujourd’hui avec enthousiasme, et avec des fortunes diverses il est vrai. Mais c’est dans cette effervescence, perdue au fil du temps, que la presse peut redécouvrir son métier de base : « porter la plume dans la plaie », pour citer encore A.Londres.
    Bien à toi,
    Diederick

  • Salut Damien ! Je suis complètement d’accord avec toi. Ton regard sur la blogosphère est tjs aussi pertinent.
    Le journaliste d’un média traditionnel (je travaille comme tu le sais dans les journaux gratuits) peut énormément progresser dans sa pratique professionnelle grâce à un blog. Je ne citerai que l’interactivité accrue (et c’est un euphémisme) entre le journaliste et son public : on doit rendre des comptes jour après jour (parfois heure par heure) sur la façon dont on travaille l’info. Quel gage de transparence !
    Quant à cette vieille rengaine sur la prétendue objectivité du média traditionnel : quelle blague ! Il y a seulement de la subjectivité qui ne dit pas son nom. Allons même plus loin: le journalisme souffre aujourd’hui de ne plus proposer de regard engagé, de regard subjectif qui s’assume. Tu travailles, je crois, pour Defossé : voilà du journalisme subjectif qui s’assume ! La profession cite régulièrement avec émotion l’inventeur du reportage d’investigation : Albert Londres, dont le travail mena à la fermeture des bagnes en Guyane. Or, dans chacun de ses livres, le parti-pris et la primauté du « je » plutôt que du « on », sautent aux yeux.
    C’est ce que la blogosphère redécouvre aujourd’hui avec enthousiasme, et avec des fortunes diverses il est vrai. Mais c’est dans cette effervescence, perdue au fil du temps, que la presse peut redécouvrir son métier de base : « porter la plume dans la plaie », pour citer encore A.Londres.
    Bien à toi,
    Diederick

  • Hello Diederick
    Je ne peux qu’abonder dans ton sens :-) Je crois que la manière dont laquelle nous envisageons notre métier est porteuse de sens et j’espère que les petits djeunes qui sortent de l’école plein d’entrain capteront ce potentiel et oseront au moins autant que nous :-)

    Faut qu’on se boive un godet un des 4 tu ne crois pas ? :-)

  • Oui, il faut qu’on se voie. Je compte venir demain au truc des bloggeurs à Bxl, ce sera l’occasion de discuter ensemble, et en ce qui me concerne ce sera avec plaisir.
    Dis, j’ai foiré je sais pas quoi dans les commentaires, tu peux supprimer le premier.
    A bientôt !

  • Comme d’hab, une petite réflexion qui remet de l’ordre dans les choses.
    Je te rejoins sur beaucoup de points… si pas sur tous !
    Si ce n’est que la description du blogueur journaliste que tu fais n’est pas valable pour tous les journalistes qui bloguent…

  • @Clic: exact ! Il y a en effet pas mal de journalistes qui bloggent juste pour le plaisir (voir dans des domaines complètement en dehors de leur « sphère »)

  • « Non, certainement pas. Je m’en garderai bien d’avoir un blog par manque de temps » Haha, il est drôle :-)

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