La Belgique est morte dimanche soir

publié par Damien • le 12 juin 2007

Je ne vais pas tourner autour du pot pendant 15 ans ni me lancer dans une psy-analyse: les résultats du scrutin de dimanche me font froid dans le dos. On peut retourner le problème dans tous les sens, il n’y a plus d’issue. Paradoxalement, si les chiffres sont sufisemment clairs pour qu’une majorité simple puisse dès aujourd’hui grimper au gouvernement, le sort de notre royaume est à présent dans les mains de ceux qui en veulent l’éclatement. C’est con à dire, mais la seule question qui se pose aujourd’hui est “Stop ou Encore ?”

Le seul parti qui a réellement gagné les élections l’a fait avec un programme qui prévoit ni plus ni moins que l’autonomie de la Flandre et ne formera aucun gouvernement s’il n’a pas l’assurance d’arriver à plus ou moins court à terme à ses fins. Punt. Aucun autre parti n’a la possibilité de lui contester le leadership et les lois du peuple belge sont ainsi faite que son parti frère n’aura juste le droit que de patienter et d’essayer à l’usure de retarder l’échéance, d’édulcorer la pilule, d’embaumer la cérémonie funèbre. Les choses sont pourtant très simples au vu des chiffres, elles n’ont en fait jamais été si complexes.

Notre pays est désormais ingouvernable et, sauf hypocrisie généralisée, je ne crois pas qu’il pourra encore l’être un jour sous la forme qu’on lui connaît. La Belgique de 1830 à vécu et sans nous en être rendus compte, le scrutin de dimanche a apporté la touche finale au bordel institutionnel dans lequel il vit depuis le début de sa fédéralisation. C’est ce qui arrive à force de ne se préoccuper que de ce qui se passe de notre coté de la frontière linguistique (ne pas pouvoir voter pour l’ensemble des candidats sur tout le territoire en est le plus exemple), laquelle n’a jamais aussi bien porté son nom qu’aujourd’hui.

Si dans les semaines à venir personne ne met de l’eau dans son vin, au risque de fâcher son électorat et de le radicaliser encore plus, nous courrons vers un clash destructeur. Comme François le souligne (dans une analyse à laquelle je souscris pleinement, tant sur la tristesse de voir le pays partir en sucette que sur le nécessaire débloquage de la situation), ne vaudrait-il pas mieux dès lors en tirer les conséquences dès maintenant, prendre rendez-vous chez le notaire et en adultes responsables calmement examiner comment, pour leur bonheur futur, se répartir l’hypothèque de la baraque et la garde des enfants ?

Ils parlent aussi des élections:

Lendemain d’élection” (Melissa)
Peu de solutions, pas mal d’options” (Jonathan)
Laisser la Flandre s’en aller, pour éviter la haine” (François)
Elections fédérales: Et puis quoi?” (Frédéric)
Le crépuscule de l’Empereur” (Promethee)

Viewing 31 Comments

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    Le premier parti francophone qui lâche la ligne du "nous ne sommes demandeurs de rien" enterre la Belgique. C'est juste moi ou la cdh est passé de "nous ne voulons aucun réforme" à "nous ne voulons aucune réforme qui soit contraire aux intérêts des francophones" ? Comme Joëlle Milquet *doit* accepter d'aller au pouvoir parce que sinon ses troupes vont grogner, elle n'a pas tellement le choix...

    Reste : le pouvoir d'influence du roi qui a plus de cartes dans son jeu en période de formation, la question du "qu'est-ce qu'on fait de Bruxelles ?" Mais je suis sûr que les négociateurs trouveront quelque chose.

    A la place des parents de Gabriel et Elisabeth, je leur ferais faire des études en vue de gagner un jour sa vie à la sueur de son front...
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    Je vois que nous faisons plus ou moins la même analyse...
    J'essaie d'être optimiste en disant que si Yves Leterme veut vraiment devenir premier ministre, il va devoir se montrer responsable et moins rigide sur le plan institutionnel. Jusqu'à quel point son électorat a voté par conviction les points communautaires du programme du CD&V? Difficile à dire...
    Pas plus tard que samedi soir, ma coloc' a eu une grande discussion pré-électorale avec le mari de sa meilleure amie. Flamand, cadre, marié à une expat', il allait voter pour le Belang selon ses dires, "par protestation". Sa femme et ma coloc' ont réussi à le persuader de choisir une autre liste et il s'est décidé pour le PVDA! Le parfait contraire du VB idéologiquement parlant. Alors, si un type qui est loin d'être un ignorant peut prendre un vote aussi à la légère... je me dis que craindre une fâcherie de l'électorat est peut être non-fondé.
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    Quel pessimisme ! Mais quel réalisme aussi ! Je me demande quand même si les flamands sont de vrai facho ou s'il s'en foutent du vote ou si ils sont manipulé par la presse.
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    Je vous trouve vachement negatif. Francophone marie avec une flamande (elle travaille en Wallonie, moi en Flandre), j'essaie d'avoir une vision nuancee sur la question. 1) oui la flandre veut pouvoir gerer toute seule sa region et appliquer ses solutions mais : 2) seule une minorite extremiste remet en doute la solidarite interpersonnelle federale. N'oublions pas que ni le SPA et son aile syndicale ABVV ne la remet en doute ni le syndicat ACV derriere le CD&V. 3) les egarements du PS ont radicalise les esprits. C'est souvent davantage ces erreurs plus que les francophones qui sont vises. 4) Par contre, je ne comprends toujours pas comment Leterme peut expliquer que la Flandre est la region la plus riche d'Europe et avec le moins de chomage et en meme temps dire que ca ne va pas et qu'il lui faut plus de leviers regionaux pour resoudre les problemes. Parce qu'enfin merde, il est premier de classe en Europe et se plaint que les mauvais eleves demandent trop d'attention de l'instituteur.
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    Je ne crois pas que la Belgique soit fichue, comme tu le dis : ils devront chacun mettre de l'eau dans leur vin. D'ailleurs le président de la NVA (qui est un parti démocratique, rappelons-le, même si peu fréquentable) a dit à Christophe Deborsu qu'ils n'étaient pas un parti révolutionnaire et qu'il savait très bien que l'indépendance de la Flandre ce ne sera ni aujourd'hui, ni demain, ni après-demain et que donc si il y avait des ministres issus de son parti au gouvernement, ils joueraient le jeu correctement.

    Comme ça a été dit plusieurs fois sur les plateaux de la RTBF : « la fonction fait l'homme ». ;-)
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    Le PS dans l'opposition, les velléités flamandes se calmeront automatiquement. Je suis d'accord avec Reynders lorsqu'il dit qu'il s'agit là d'une "réforme de l'Etat" en soi.
    N'oublions pas non plus que Martens et Dehaene étaient, en leur temps, des flamingants féroces. Et puis, le poids de la N-Va au sein du cartel ne suffit pas à faire pencher la balance. Cette séance de musculation est normale : n'oubliez pas que les Flamands vont devoir composer maintenant avec un mouvement comptant en son sein un certain O. Maingain...
    Enfin, quelle véritable vision avons-nous de la scène politique flamande ? La Volksunie s'est scindée. Elle devait s'accrocher à un grand parti pour survivre. Ses membres sont forcément plus enclins à faire des concessions. Et puis, réforme de l'Etat ne veut pas dire divorce. Le vrai séparatisme, il se trouve au Vlaams Belang, punt. Avant d'en arriver là, le confédéralisme pourrait représenter une solution provisoire qui permettrait, en tout cas, de placer les Wallons, une bonne fois pour toutes, face à leurs responsabilités...
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    Pour une fois, je suis bien d'accord avec Ludovic !
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    Ce débat me rappelle que la veille de l'"émission spéciale" très controversée de la RTBF j'avais écrit ceci sur le blog que tu animais sur la vision de la Belgique dans 30 ans (25, en fait, mais j'avais retenu 30, je ne sais pourquoi)

    ""Pourquoi pas la Bruxellonie?

    Dans 30 ans, les francophones auront abandonné l’idée de vouloir à tout prix maintenir une Belgique dont les Flamands ne veulent plus.
    Dans 30 ans, on aura mis fin à ce bras de fer permanent qui depuis des décennies coûte énormément d’argent et d’énergie. Sans compter qu’il accapare l'attention. Toutes les heures que les élus consacrent au communautaire, ils ne le consacrent pas à l'emploi, au social, aux aides aux entreprises, à l'écologie, etc.
    Plus encore qu’aujourd'hui, dans 30 ans l'Europe sera notre garant de la stabilité. On aura moins besoin de la Belgique.
    On aura accordé à la Flandre son autonomie et regroupé Bruxelles, les communes à "minorité linguistique"(de 60% à 85 % de francophones, drôle de minorité) et la Wallonie.
    Ce sera finalement plus cohérent et cela n'empêchera en rien les contacts et échanges culturels et économiques avec la Flandre comme avec les autres pays ou régions d'Europe.
    La question cruciale, c’est le sort des communes à facilités. C’est sans doute parce que la Flandre redoute ce rapprochement futur qu’elle refuse d’intégrer les 6 communes à facilités à Bruxelles. Cette intégration pourrait accélérer la création de la Bruxellonie. Et si la Flandre craignait plus que tout de devoir abandonner Bruxelles, la séduisante capitale de l'Europe. (C'est sûr, la Flandre rayonnerait (rayonnera ?) nettement moins sans Bruxelles).
    La seule inconnue est de savoir qui aura trouvé une solution au conflit entre le droit du sol (qui peut se comprendre) et le droit de la population effective (qui se comprend aussi), un conflit insoluble... qui se retrouve ailleurs dans le monde. La bande de Gaza, pour ne citer qu’elle.
    C’est sans doute le même génie qui se chargera de résoudre l'épineux problème du partage des richesses. Chaque communauté devra faire des concessions.""

    J'ajoute qui si cette émission a fait tant de bruit, c'est précisément parce qu'elle était criante de vérité. Aujoourd'hui on s'en approche encore un peu plus...
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    @Lambin : Bruxelles est (aussi) la capitale de la Flandre...
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    Houlà, mais c'est la grosse déprime là ! Vous avez oublié que la spécialité de notre pays, c'est le compromis ? Comme dit plus haut, d'autres ministres aussi indépendantistes au départ sont arrivés au pouvoir et une fois en place ont fait leur boulot comme les autres...
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    Allez allez on va au devant d'une grande inventivité politique, faut arrêter de se la jouer demain c'est fini...

    Pour le reste les avancées non-nuisibles ça reste à définir
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    Ca a l'air chaut chez vous. Mais sachez que chez nous, c'est aussi l'esprit nationaliste et individualiste qui l'a encore emporté.
    Aux présidentielles comme aux législative l'UMP, en plus de jouer sur le nationalisme, en plus receuillire les voix du front national par des slogans antisémites, joue aujourd'hui la carte de l'indivdualisme en criminalisant chaque groupes d'individus : les chomeurs, les immigrés, les musulmans, les malades...
    Je trouve ça halucinant que ce soit chez vous ou chez nous, comment une poigné d'homme grace aux médias arrivent à faire resortir autant de haine chez les gens.
    Pour une partie des français (une partie de plus en plus petite d'ailleur) l'avenir semble très noir aussi...
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    Vous verrez que, trop heureux de pouvoir enfin mener une politique de droite sans les trouble-fête du PS et du SPa, la partie francophone de la coalition Bleu romaine fera bien quelques pas sur le même chemin que Monsieur Leterme
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    Vous verrez que pour avoir enfin les mains libres pour mener une politique de droite, les bleu romains francophones seront gentils avec Leterme et feront des pas dans son sens.
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    @bodart: il y aura des compromis, c'est tout... Je ne crois pas que les francophones vont accepter des choses contraires à leurs intérêts. Quel que soit leurs couleurs politiques.
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    Quitte à être vraiment à contre-courant...

    Il faudrait peut-être que les Belgicains rabiques cessent de machouiller des gommes à la naphtaline, qui leur font oublier le paradoxe hautement structuralisant du royaume: si la Belgique vit encore et a de beaux jours devant elle, c'est bien parce que nous avons une évolution systémique depuis 1830, qui permet de réguler la vie de communautés par le façonnement de l'Etat.

    En 1970 avec les communautés, en 1980 avec les régions et en 1993, lors de la fédéralisation de l'Etat, c'était toujours le même vieux disque qui fut sorti des armoires pour pleurer la fin du royaume. Au-delà de la particratie, des jeux d'influence électorale et des viscisitudes campanilistes, les Flamands comme les Francophones et les Germanophones ne sont pas séparatistes, il y a seulement un mouvement permanent d'auto-gestion, d'autonomie renforcée au sein d'une coupole nommée Belgique.

    La tension communautaire et les tendances à l'implosion n'auraient jamais pu être contenus avec brio, certes, tout n'est pas parfait, si justement les élus de la nation, avaient eu des réflexes comme les vôtres: en refusant systématiquement d'envisager que l'on puisse vivre dans un Etat où être flamand n'est pas incompatible avec le fait d'être belge, et inversément.

    Au nom de quel argument peut-on refuser à des électeurs flamands de désirer la régionalisation d'une compétence, tout en restant dans le giron fédéral ? Au nom de quel outrecuidance francolâtre, peut-on se permettre de juger le plébiscite d'un programme ? Soyons sérieux !

    L'histoire de Belgique montre que les Francophones et les Germanophones ont eux aussi déjà poussé la barque de l'autonomie quand cela les arrangeait. Il faut arrêter de croire qu'il y a un prisme du "bon belge, du bon patriote" (Léopold II circa) et un "mauvais flamand".

    Comme tout pays fédéral ou à tendance confédérale, la Belgique évolue de manière permanente et c'est son seul destin, pour répondre aux aspirations de toutes les communautés et partant survivre en un bloc hétérogène.

    C'est identique ailleurs, comme au Canada par exemple.

    Maintenant, sur le plan politique, il faudrait peut-être relire quelques manuels d'histoire à défaut d'être plus posé. La difficulté de former une coalition pour des considérations communautaires n'est pas une nouveauté dans ce pays, c'est même quasiment une constante. La présence de partis (très) autonomistes n'est pas un phénomène né avec la NVA, c'est également une autre habitude dans l'histoire du pays. Pour reprendre les propos de certains, il y a la campagne électorale et puis il y a toujours les litres d'eau que l'on verse dans les bariques de vin, sans aucune surprise...

    Alors quelque soit la forme de la coalition, tout va reposer sur le mondialement célèbre "COMPROMIS A LA BELGE": l'architecture institutionnelle en évolution permanente, qui maintient un équilibre systémique.

    Sans vouloir être cassant ni déplaisant, faire une fixation apocalyptique sur le cartel CD&V-NVA quand la Belgique a survécu au Walen Buiten, à la crise royale ou encore aux refondations des frontières linguistiques, je m'excuse mais c'est très mal connaître son pays...
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    > bodart et Ombre : De toute manière, la future coalition n'aura pas de majorité suffisante pour mener à bien de grandes réformes institutionnelles. Une tripartite traditionnelle étant très peu probable. De plus, si on arrive avec une majorité centre droit et une oppsition centre gauche, il sera difficile pour une réforme de prendre des voix dans l'opposition (en tout cas du côté francophone).

    > Damien : “Peu de solutions, pas mal d’oprions” (Jonathan)

    Je crois qu'options serait mieux qu'oprions ;-)
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    @Jonathan: très juste. ;)
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    Même les quotidiens étrangers s'y mettent :

    http://www.liberation.fr/actualite/monde/260604...

    Et Libé n'est pas le seul...

    En tout cas Yves Leterme n'a vraiment pas une bonne image alors qu'il n'a même pas encore commencer à gouverner... :(
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