Depuis deux ans, j’ai l’occasion de participer à différents jurys chargés d’examiner et de noter des travaux de fin d’études de la section communication à l’ISFSC, la Haute Ecole où j’ai moi-même décroché mon diplôme en 2001.
C’est toujours avec beaucoup de respect que je me plonge dans ces « briques » car je sais tout le boulot et la sueur qui ont été nécessaires pour parvenir à les boucler à temps et surtout tous les espoirs que les étudiants y ont placés. A chaque fois, c’est un vrai plaisir de découvrir ce que ces « djeunes » ont dans le coco quand il s’agit de parler de journalisme et du web, de faire le point de manière détaillée et fouillée sur l’avenir de ce métier et de ses acteurs, de voir finalement comment ils se profilent à l’aube de leur carrière de communicants, comment ils envisagent d’exploiter tout le potentiel qui s’offre à eux.
C’est donc avec un certain enthousiasme que j’ai commencé ce matin la lecture d’un mémoire de 115 pages intitulé « Feuilleter ou cliquer, la presse vous laisse le choix ». Sans laisser transparaître d’éventuelles indications quant à mon appréciation finale de ce travail, je tenterai dans les jours qui viennent de vous faire part de quelques unes des réflexions intéressantes qu’il contient, parce que ce genre de mises en perspective méritent tout simplement d’être partagées et discutées.
Tiens, d’ailleurs, voici le constat tiré par différents acteurs importants à l’occasion d’une rencontre organisée par le CFJ la semaine dernière. Philippe Couve s’en fait l’écho sur son blog et dresse un portrait-robot du journaliste « idéal » en 2009.
Le journaliste reste un journaliste
Les éléments de base du métier demeurent : chercher les informations, les trier, les vérifier, les hiérarchiser, les mettre en forme et les publier.Le journaliste descend de son piédestal
Il est fini le temps du magistère. Le journaliste doit considérer que son « audience »** détient informations et capacité d’expertise. Il doit se mettre en situation de faire émerger dans son activité le savoir et la connaissance de la communauté fédérée autour de son média. Dans ce contexte, le journaliste accepte également de voir son travail soumis à la critique.Le journaliste est aussi un animateur de conversations
Au-delà de la recherche et de la publication d’informations, le journaliste doit considérer que son travail ne s’arrête pas au moment de la publication. La deuxième vie de l’information commence alors. Elle peut être commentée, rectifiée, enrichie, complétée par les apports des internautes. Le journaliste doit être présent au cours de cette phase.Le journaliste baigne dans la culture numérique
Les moyens d’accès à l’information changent perpétuellement à l’ère numérique. Les sites les plus populaires évoluent. De nouvelles pratiques se mettent en place au fil du temps. Le journaliste se doit d’évoluer dans le même milieu que ses lecteurs/auditeurs/spectateurs et donc de fréquenter les mêmes lieux virtuels, d’utiliser les mêmes services, qui développent de nouveaux usages et constituent la base d’une « culture numérique » (digital literacy)Le journaliste développe son agilité numérique
Au-delà du simple bain culturel et de la connaissance des usages, le journaliste doit également être en mesure d’utiliser les outils numériques les plus répandus, qu’il s’agisse d’outils collaboratifs ou d’outils destinés au travail de la photo, de l’audio ou de la vidéo. Les outils évoluant en permanence, le journaliste est formé à apprendre.Le journaliste connait les bases de plusieurs médias
S’il n’est pas envisageable que le journaliste soit à la fois auteur de textes, de vidéos, de photos et d’audios, il est néanmoins souhaitable qu’il dispose d’une formation de base dans chacun des domaines, qu’il soit en mesure d’effectuer des réalisations simples et qu’il développe ensuite un savoir-faire d’excellence dans (au moins) un des domaines.Le journaliste connaît les techniques de récit multimédia
Même si le dispositif actuel des rédactions web ne permet guère de dégager du temps pour des productions de type magazine, il apparaît nécessaire que le journaliste connaisse les techniques de récit multimédia (multimedia storytelling) qui permettent d’articuler le récit journalistique en combinant différents médias (texte, photo, audio, vidéo).Le journaliste est aussi un animateur de communautés
La création d’une ou plusieurs communautés autour d’un média apparaît comme un enjeu central. Dans la mesure où les sollicitations sont multiples pour les internautes dès qu’il est question de leur faire mettre en ligne du texte, des photos ou de la vidéo, on peut imaginer qu’ils viendront déposer leurs informations auprès de la communauté à laquelle ils sont le plus attachés (voire à celles qui les rémunèrent le mieux, mais cette option ne paraît devoir être retenue que pour des cas exceptionnels). Savoir créer, animer, étendre une communauté virtuelle fait donc partie des enjeux essentiels.Le journaliste est conscient de son environnement économique
L’économie des médias numériques est aujourd’hui particulièrement incertaine. Il est donc indispensable pour les journalistes de connaître les données de base du milieu (économique) dans lequel ils évoluent.Le journaliste est capable de lire les chiffres de fréquentation
Les médias numériques ont ceci de commun qu’ils délivrent quasiment en temps réel les données de fréquentation. Le journaliste doit être en mesure de lire ces données et d’en tirer des enseignements adaptés.Le journaliste doit apprendre à cohabiter avec les commerciaux
Les structures de rédaction qui se dessinent font se côtoyer services rédactionnels et services commerciaux souvent dans des bureaux voisins. Le journaliste doit être en mesure d’échanger avec les services commerciaux sans perdre de vue son éthique professionnelle.Le journaliste peut assumer le rôle d’« éditeur »
Dérivé de l’acception anglo-saxonne, le travail d’édition ne consiste pas à produire des contenus journalistiques mais à mettre en scène des informations produites par d’autres en fonction de la connaissance du public et de la communauté à laquelle on s’adresse et en fonction des caractéristiques du support sur lequel les informations sont diffusées.Le journaliste est capable de travailler avec les développeurs informatiques
L’une des tendances actuelles semble être une intégration progressive des équipes de développement informatique au sein des rédactions. Issus d’une autre culture professionnelle, ils devront être encadrés par des journalistes comprenant les enjeux et les contraintes de leur activité.Le journaliste se pose la question du cycle de vie de l’information
La tendance continue au stockage des informations dans des bases de données exploitables via différentes interfaces impose la prise en compte du cycle de vie l’information. Désormais, une information n’est plus seulement produite pour une publication unique sur un seul moyen de communication mais pour des supports multiples qui ont des temporalités différentes.Le journaliste a conscience des résistances de son milieu
Dans la période de bouleversements dans laquelle nous nous trouvons, le journaliste doit prendre en compte le fait que ses confrères ne sont pas tous nés à l’ère du multimédia (non digital natives). Ce qui peut créer des tensions au sein des rédactions.








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Apparemment les journalistes ont encore des trucs à enseigner aux non-journalistes :
http://powazek.com/posts/572
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Bonjour,
J’apprécie l’honneur que vous me faites en me citant sur ce blog. Je me demande toutefois si la « citation » de l’intégralité d’un texte fait partie des bonnes pratiques journalistiques ;-)
Il aurait été plus intéressant, dans une logique collaborative, que vous l’enrichissiez des fruits de votre expérience.
Bonne continuation
PhC
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L’ISFSC, je n’y ai passé qu’une année, mais je m’y suis bien amusé ;-)
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@Philippe: j’avais lu le résumé qu’en avait fait Benoit Raphael et j’ai peché par facilité en me livrant à un pompage excessif .. je m’en excuse. Pour ne rien vous cacher, j’avais tellement l’impression de reconnaître dans ce profil des atouts que je cherche à développer dans ma propre pratique que je me suis emballé un peu trop vite … Si vous regardez dans la catégorie « journalisme » et « journalisme citoyen » de ce blog, j’ai déjà plusieurs fois fait part de ma vision des choses, mais ça sera avec plaisir que je complèterai avec mes propres idées le profil que vous avez livré … j’y réfléchis et mets ça noir sur blanc très vite.
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Ben ça fait peur, autant de mélanges de genres… Le journaliste un communicateur ? Vraiment, je crois qu’il faut pas se planter de métier !
Je planche moi-même sur les TFE de l’école de la Poste, comme on l’appelle aussi…
Par ailleurs, peut-être serait-il utile de mentionner en une ligne qui est Couve (ou renvoyer par un lien à son blog RFI) et en quoi les propos tenus prennent du poids quand c’est lui qui les assène. Tout lecteur n’est pas censé le connaître. Et certains doivent même se dire que c’est un étudiant de l’ISFSC… qui a un aplomb peu commun.
Au-delà de cet aspect formel, les Dix Commandements du parfait petit Journaliste taillable et malléable selon Philippe Couve ont de quoi faire réfléchir les jeunes et les moins jeunes sur le mélange avancé des genres. D’ici à ce qu’il brigue une place de patron avec cette carte de visité, il n’y a qu’une porte (celle tout à côté apparemment) à franchir…
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Ce débat ayant été traité par un collègue sur mon blog, je découvre votre intervention avec plaisir.
Il manque, à mon sens, la notion de vérification des infos diffusées sur internet. Elle procède classiquement d’un recoupement des sources, mais aussi d’une compréhension profonde de la technique Web (des algorithmes de recherche, par exemple), et surtout, d’une expérience du journalisme de terrain.
Je doute qu’on puisse former un journaliste fiable autrement qu’en l’envoyant, carnet en main, arpenter les cours de fermes et les conseils municipaux.
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