Google vs éditeurs belges: un bras de fer aux enjeux colossaux

by Damien Van Achter on 19 septembre 2006 · 3 comments

Un petit mot sur l’évolution du « dossier » (pour les détails préliminaires, jetez un oeil sur mon billet d’hier)Ce lundi, l’avocat de Copiepresse m’a dit qu’un huissier avait constaté que Google référençait encore des articles dans son cache et que le jugement n’avait pas été publié dans les règles. Du coup, en ce qui le concerne, il considère que les astreintes sont dues (ça fait quand même 1 patate 1/2 par jour !)

Google lui a annoncé sans surprise qu’il ferait appel. « Nous n’avons été prévenus du jugement que vendredi dernier (NDLR: la signification est pourtant partie le 8, comme indiqué dans le pdf) donc nous n’avons pas pu faire valoir nos droits », a indiqué Rachel Whetstone (dir.com’ Europe).

Inutile de dire que les points de vue des uns (« Google nous vole notre contenu sans nous demander si on souhaite être référencés et en plus se fait du fric sur notre dos avec la pub ») et des autres (« Nous drivons par défaut du trafic vers vos sites et si vous ne le souhaitez pas nous avons une procédure ‘opt-out’ ») sont pour le moins éloignés.

Cela va donc être très intéressant de voir comment d’ici le 8 octobre les deux parties vont pouvoir s’entendre sur un deal similaire à celui conclu avec AP (re.cfr. ce billet), puisque manifestement, Copiepresse ne souhaite pas voir ses titres supprimés de Google. « Nous voulons juste que Google arrête de nier les droits d’auteurs et de n’en faire qu’à sa tête », m’a expliqué en substance Margaret Boribon, la secrétaire générale de Copiepresse et  des Journaux Francophones Belges.

Reste à voir si Google considère le marché belge francophone comme abslument nécessaire à sa stratégie (le fait qu’il ait récemment ouvert un bureau commercial à Bruxelles pourrait le laisserait penser) et jusqu’à combien il serait prêt à partager ses futurs revenus liés à de la pub sur Goggle News.be (système du pay-per-click annoncé pour le deal avec AP, autre formule ?) …

Reste à voir aussi quel « appétit » auront les éditeurs et à partir de quelle somme ils seront satisfaits. Une fameuse partie de poker menteur s’annonce en tout cas au cours des deux semaines à venir car il s’agira d’en réclamer assez pour faire vivre les titres qu’ils représentent mais pas trop pour ne pas que Google s’énerve ….

En effet, dans le meilleur des cas un accord est conclu avant le 8 octobre et « puisque les Belges ont réussi, pourquoi pas nous ? », se diraient alors les autres autres fournisseurs de contenu européens (mondiaux ?!). On verrait ensuite les astreintes se multiplier et Google conclure les deals à la pelle. Ce qui me semble peu probable car en soi Google n’a pas grand chose à gagner en dealant avec fournisseurs à « petit volume »… mais pourquoi pas.

Tadis que dans le pire des cas, et inutile de dire que je ne le souhaite pas, Google enverrait tout simplement chier les éditeurs belges au soir du 8 octobre en leur disant : « Gardez-le votre contenu, nous ne le référencerons plus et vous pouvez toujours venir pleurer pour qu’on vous reprenne un jour ! »

Dans ce cas-là, Google aurait en tout état de cause au moins une journée d’astreintes à payer, soit 1,5 millions d’euros. Pas de quoi payer ne fut-ce que le début du gigantesque plan social qui s’abatterait alors sur la presse francophone belge qui, privée d’existence sur le web, et donc de futur tout court, pourrait s’effondrer pour de bon en très peu de temps.

Posez la question à n’importe quel internaute, il vous répondra qu’il se tamponne des journaux belges francophones comme de sa première adresse ip. Il ira tout simplement lire les journaux français (ou suisses, ou canadiens).

Pascal me fait d’ailleurs remarquer par mail que ce lundi vers minuit, Le Soir (www.lesoir.be) et la Libre Belgique (www.lalibre.be) avaient complètement disparu de Google.be (mais pas des versions internationales) … c’est incroyable mais pourtant vrai

Google, qui n’a pas été condamné à ça, serait-il en pleine action de rétorsion face à ces deux journaux ? Question de bien leur montrer le résultat sur leur stats, leur ranking et, in fine, le montant de la pub qu’ils pourront placer sur leur site à l’avenir  ?


Note pour plus tard: Comme quoi, les scoops sont parfois à portée de main (tapez **dimanche sans voiture « 17 septembre« ** dans Google.be et regardez en-dessous du dernier lien). Bon, à partir du moment où Google lui-même balancait le lien, remonter à la source et décortiquer le jugement n’était pas très chinois. Mais ça m’a quand même bousillé mon dimanche  :-)

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1 denis 19 septembre 2006 à 11:49

Posez la question à n’importe quel internaute, il vous répondra qu’il se tamponne des journaux belges francophones comme de sa première adresse ip. Il ira tout simplement lire les journaux français (ou suisses, ou canadiens).

Je confirme!

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2 Katchina 19 septembre 2006 à 15:15

Google ne reste-t-il pas libre de faire ce qu’il veut de son index, et de proposer un référencement en « tout ou rien » (i.e. recherche classique ET Google News, ou bien rien du tout) ?

Perso. je suivrais plutôt la position de Google, non par fanatisme pour l’entreprise ou ses services, mais par souci de ne pas créer un précédent concernant le droit de citation. Cfr, justement, des sites tels que chillingeffects.org.

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3 Stéphane 23 septembre 2006 à 10:34

Sincèrement, Je trouve que c’est bien fait pour la presse Belge!

Faut vraiment être stupide pour attaquer Google / ou encore la partie News de Google: c’est encore une histoire belge à la con!

1. Google et Google News apportent du trafic (des visiteurs) aux journaux belges.

2. Ce trafic génère une grande audience.

3. Cette audience augmente considérablement les revenus publicitaires de nos … »journaux ».

Ne pas avoir compris ces enjeux est non seulement inadmissible de la part de nos journaux, mais en plus, il y a fort à parier que ces crétins vont encore plus se plaindre qu’ils ne vendent pas assez, que leurs revenus publicitaire sont en baisse.

A votre avis, combien de temps nos journaux vont-ils encore tenir avant de licencier?

Stéphane

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